« Présences réelles »

Qu’entendons-nous par « présence réelle » ? Lorsque le prêtre a prononcé les paroles de la consécration, il ne tient pas pour autant Jésus-Christ à bras-le-corps ! Rien n’a changé en apparence : le pain reste du pain et le vin… du vin ! Toutefois, et selon ses propres paroles, le Christ Ressuscité se sert de ces médiations pour se rendre réellement présent à nous, pour se donner à nous, pour communier à nous et nous aider à vivre de même avec Dieu et nos frères humains.

Mais Jésus-Christ est tout aussi « réellement » présent en bien d’autres circonstances : dans le cœur à cœur de la prière personnelle, « si quelqu’un m’aime… mon Père l’aimera… et nous ferons en lui notre demeure » (Jean 14/23) ; lorsque nous sommes réunis en son nom et pas seulement à la messe : « Que deux ou trois soient réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matthieu 18/20) ; par la parole de Dieu consignée dans la Bible : « et le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous » (Jean 1/14) ; par le prêtre présidant l’eucharistie (cf. la Constitution sur la Sainte Liturgie de Vatican II) ; par les sacrements et ce qui fait la vie de l’Eglise : « et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28/20) ; et tout particulièrement dans le sacrement du « frère », à commencer par le plus démuni avec lequel le Christ s’identifiera lors du jugement dernier : « j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu… » (Matthieu 25/40).

Il n’y a pas de degré entre ces diverses manières d’être présent pour Jésus-Christ, mais seulement des différences de modalité. Toutes se complètent et s’éclairent mutuellement. Si l’une vient à manquer, les autres suppléent. Faut-il rappeler que l’impossibilité pratique de recevoir un sacrement n’empêche nullement Dieu d’agir en nous, par le seul fait de notre désir à cet égard ou dans la conscience de tout homme « de bonne volonté », chrétien ou non ?

Il n’y a rien de magique dans les relations que Dieu veut entretenir avec nous. Les sacrements ne sont que des moyens pour servir la seule fin qui compte : l’amour de Dieu et du prochain. Nous en dispenser, lorsqu’ils sont à notre portée, revient à nous enfermer dans un individualisme contraire aux vœux de Dieu tout au long de sa Révélation. Inversement, se sentir amoindri, voire coupable, lorsqu’il n’est pas possible de célébrer l’un ou l’autre de ces rites, est faire bon marché de l’amour de Dieu à notre égard, lequel, s’il s’exprime dans les sacrements, les déborde fort heureusement de toutes parts pour rejoindre le cœur de tous les hommes, qu’ils participent ou non aux célébrations chrétiennes.

Père Michel Anglarès, prêtre