Entre Pâques et Pentecôte…

L’Eglise est toujours une Eglise du temps présent. Pourtant les chrétiens ne peuvent aller de l’avant qu’en faisant mémoire. – Une mémoire qui renvoie au jour d’avant !

C’est bien ainsi que nos communautés ont gardé leur cohésion, dès l’aube de l’histoire évangélique.
Au lendemain de Pâques, entre Pâques et Pentecôte, les disciples se sont aiguisés à cette mémoire, s’entraidant les uns les autres au souvenir. Il y allaient tous d’un « tu te souviens..? – Oui, je me rappelle… »

La mémoire de l’un devenait alors la mémoire de l’autre puis, peu à peu, celle de tout le groupe.
L’Eglise d’aujourd’hui n’a pas perdu cette coutume. C’est ce qui la fait vivre. Nous découvrons alors que toute foi qui ne s’applique pas à faire mémoire de la renontre du Seigneur, est une foi en péril !

C’est ainsi que je veux vous faire part d’un évènement dont ma mémoire est encore toute habitée.
Il y a quelques jours, j’ouvrais la porte à un visiteur, un jeune africain à l’air un peu timide. Je demande : vous avez rendez-vous avec quelqu’un ?
– Non… Mais je voudrais être baptisé ?
– Je le fis entrer : qui êtes vous ?
– Kémal. Je suis guinéen… à Conakry, j’ai été invité par des amis chrétiens à un pèlerinage. J’y suis allé. Quand je suis revenu, mes parents m’ont interdit de revoir ces amis chrétiens ; ils m’ont séquestré. Je me suis échappé au Ghana ; là j’ai obtenu un visa pour l’Europe. Passé par l’Espagne, je suis arrivé en France… dans la rue ! Evacué de Stalingrad j’ai atterri à Issy. Au café 115, quelqu’un à qui je disais de mon désir d’être baptisé, m’a envoyé vers vous à la paroisse.
– Vous savez pourquoi je veux être baptisé ?
Parce que les jeunes chrétiens sont libres devant leurs parents. Ils les respectent, mais ils peuvent parler . Nous, on est soumis. On n’ose rien dire.

Entre Pâques et Pentecôte, l’Esprit Saint est venu frapper à la porte de l’Eglise... des chrétiens de Guinée aux chrétiens de France… Il est venu confirmer ma foi en sa présence.

Avant de l’envoyer aux amis du catéchuménat, j’ai pu le dire à Kémal: quand tu frappes à la porte de l’Eglise avec un tel message, c’est toi qui me confirme dans la foi… Cela ravive en moi la mémoire de l’aventure de Pierre et de Corneille, ce centurion sur qui l’Esprit Saint était descendu avant qu’il ne soit baptisé et que Pierre baptise ensuite.

Allez, de toutes les nations faites des disciples …!

La mission ? C’est simple, non ?

Tous les jours de notre vie, nous sommes entre Pâques et Pentecôte. Le Saint Esprit travaille et nous envoie ceux qu’il touche. Il suffit de faire mémoire de ceux que nous rencontrons … ils sont souvent les témoins de notre propre foi. Pour cela il faut consentir à ouvrir la porte… comme ce jour là pour Kémal. En l’accueillant j’ai la certitude d’avoir accueilli l’Esprit Saint.

Jacques Turck +