Communier au corps et au sang du Christ

Après les belles célébrations de la Semaine Sainte et notamment celle du Jeudi Saint où la communion au Corps et au sang du Christ a été proposée, une personne m’a demandé de lui expliquer :

1 / la Tradition

C’est St Justin au II è s. qui atteste le premier du rite de communion au Corps et au Sang du Christ. Il écrit dans un livre : Apologie pour les chrétiens n°65,
2 / Quand les prières sont terminées, nous nous saluons mutuellement par un baiser.
3/ Ensuite on apporte à celui qui préside l’assemblée des frères du pain et une coupe d’eau et de vin trempé, il les prend et adresse louange et gloire au Père de l’univers, par le nom du Fils et de l’Esprit saint, et il fait une longue action de grâces pour tous les biens qu’il a daigné nous accorder. …
5/ quand le président de l’assemblée a achevé la prière de l’eucharistie et que tout le peuple a exprimé son accord, les diacres distribuent à cha- cun des assistants du pain et du vin mélangé d’eau, sur lesquels a été prononcée la prière de l’action de grâces et ils en portent aussi aux absents.

n°66 .. Nous ne prenons pas cette nourriture comme du pain ni comme une boisson ordinaires mais, de même que Jésus Christ notre sauveur, fait chair par la vertu du Verbe de Dieu, eut chair et sang pour notre salut, de même la nourriture « eucharistiée » par un discours de prière qui vient de lui- nourriture dont notre sang et nos chairs sont nourris par assimilation – est précisément d’après ce que nous avons appris, la chair et le sang de ce Jésus fait chair. …
67/ chacun reçoit une part de l’eucharistie… et en apportent à ceux qui n’ont pas pu participer.

Dans une autre livre qui résulte de la compilation de plusieurs traditions : Les Constitutions Apostoliques (IVè s.) Livre II/21. Il est écrit : Lorsque l’oblation a été faite, chaque groupe communiera au corps du Seigneur et au précieux sang, avec ordre, piété et respect, car ils s’approchent du corps d’un roi…

Enfin autre référence parmi tant d’autres, un sacramentaire de Berlin au VIII è s. à propos de la communion aux malades. Elle se réalisait sous les deux espèces. Le rituel employait l’expression sacrificium sanctum, corpus et sanguinem. Le mot sanguinem intègre bien le « sang » les deux espèces dans le vieux texte de St Gélase (XII è s.).

Plusieurs autres textes rapportent la formule : Que le corps de Notre Seigneur Jésus Christ imprégné de son sang te garde pour la vie éternelle.

Imprégné est la traduction du mot latin tinctum (par intinction c’est à dire imprégné). Rite que l’on recommandait en particulier pour la communion aux malades qui ne pouvaient assimiler une nourriture solide.

Au Concile de Trente, la communion sous les deux espèces a été traitée. L’insistance sur la communion sous la seule espèce du pain a été mise en lumière pour s’opposer à des personnes qui ne croiraient pas que la personne du Christ serait contenue toute entière dans une seule espèce (Session XXII).

La communion sous la seule espèce du pain a toujours été pratiquée dans les cas où elle se faisait en dehors de la messe célébrée (pour les absents ou malades). Mais c’est bien le pain et le vin qui sont proposés dans la célébration eucharistique.

Le Concile de Vatican II dans la Constitution sur la liturgie (n°55), tout en se référant au principe du Concile de Trente, recommande fortement la communion sous les deux espèces comme une parfaite participation à la messe.

Pourquoi ?

La Tradition liturgique de l’Eglise, met en lumière le fait que chacune des espèces porte en elle un sens sacramentel différent et complémentaire : – celui de la nourriture pour la route et du partage d’une même table, représenté par le corps, – celui de l’alliance scellée dans le sang du sacrifice et la joie de la fête le jour du banquet dans le Royaume de Dieu.

Ainsi une instruction (Eucharisticum mysterium) publiée sous l’autorité du Pape Paul VI (1967) souligne que communier au corps et au sang est la forme la plus expressive de participation au sacrifice du Christ et évite de réduire l’eucharistie à un repas partagé.

C’est la raison pour laquelle aux messes de semaine comme cela se fait dans la chapelle de l’évêché autour de l’évêque, la communion au corps et au sang du Christ vous est proposée.

2 / La manière de communier

L’Eucharistie se reçoit. Elle est don de Dieu offert par un ministre ordonné ou une personne déléguée à ce service. Il importe donc qu’elle soit distribuée. Le geste pour recevoir le corps du Christ est d’une grande beauté. Il est proposé par St Cyrille de Jérusalem (IVè s.) : Quand tu t’approches ne t’avance pas entendant la paume des mains, ni les doigts écartés. Mais puisque sur ta main droite va se reposer un Roi, fais lui un trône de ta main gauche, dans le creux de ta main, reçois le corps du Christ et répond : Amen. Prends-le et veille à n’en rien laisser perdre.

Pour recevoir le sang du Christ, le geste par intinction est difficile, car l’hostie devrait être trempée par le prêtre avant de la donner. Aussi le mieux, parce que le plus simple, est de prendre le calice qui est offert par un ministre ou un délégué et de boire à la coupe. Le ministre est là pour essuyer le calice. Chacun peut ne pas communier au sang du Christ.

Jacques Turck +