Le sourire de la sagesse

Je rebondis à nouveau sur le sourire. Non plus celui de Marie à Bernadette de Lourdes, mais celui de la Sagesse. « Sagesse » qui n’est pas un attribut de Dieu, mais Dieu lui-même. Un Dieu dont le visage est illuminé par un sourire lorsqu’il nous croise au détour d’un sentier, alors que nous ne nous y attendions pas. Voilà ce que donne à penser l’auteur du livre de la Bible qui porte son nom : le livre de la Sagesse.

Quand je suis de bonne humeur je souris … ainsi s’exprime un ami dans un livre d’entretiens. Il évoque l’Eglise et laisse entrevoir l’humour qu’il faut à l’Esprit Saint pour conduire notre Eglise avec les hommes et les femmes que nous sommes… grincheux et souvent râleurs telle que notre culture française nous a façonnés au long des siècles. J’imagine le sourire de Dieu lorsqu’il nous voit ainsi empêtrés.

J’y pensais en écoutant les bébés s’exprimer dans leur tintamarre fréquent juste au moment où je m’apprête à dire quelque chose d’important dans mon homélie. Justement ce que je voulais absolument que l’on entende… et Oups ! cela a disparu dans les brumes sonores ! L’ingénuité de ces petits me fait alors sourire intérieurement. C’est sans doute le sourire de l’Ange Gabriel dont le sculpteur de la cathédrale de Reims a laissé une trace mémorable! Pourquoi souriait-il ? Sans doute en raison de la surprise de Marie. Comment est-ce possible lui demande-t-elle ? Mais ces enfants expriment à leur manière une douceur qui contraste parfois avec leur voix. Et qui pourtant me porte a sourire à mon tour…

Je retrouve l’humour de l’Esprit Saint dans l’aventure de Jonas… rattrapé dans sa fuite, jeté de force aux portes de Ninive. il n’a même pas ouvert la bouche pendant une matinée que déjà toute la ville s’est convertie ! A quoi je sers dit-il a Dieu… laisse moi donc mourir ! Ce n’est pas le 1er à dire au Seigneur : débrouille-toi avec ton peuple… avec ton Eglise… S’il m’arrive de le penser dans ma prière, je découvre aussitôt que je suis en bonne compagnie, Moïse, Elie, Jonas,… et Pierre quand il voulut marcher sur les eaux ! La semonce de Jésus montre qu’il ne lui a pas souri ce jour là… mais la lecture de ce récit me fait sourire. Il a osé marcher à sa rencontre sur la mer agitée.

C’est ce défi quotidien qui me fait sourire quand j’essaye de le relever à mon tour. Car à ce moment je me rappelle : c’est Lui qui sauve le Monde… pas toi… Tant que je n’ai pas saisi cela au fil des jours, la Sagesse reste assise devant la porte. Et le jour où j’accepte de franchir le seuil de l’efficacité à tout crin, je découvre le visage souriant de la Sagesse… une sagesse qui devient la mienne puisque Dieu, dès ce moment, fait sa demeure en moi !

Jacques Turck +